brève histoire de l’endométriose #02

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hystérie & endométriose ;
une histoire méconnue

Extrait de mon mémoire de fins d’études « Yoga, endométriose et pratiques thérapeutiques » », Diplôme universitaire Yoga & Santé, 2025.

En plus de l’hérésie, apparaît début XVIIIème l’hystérie, dont le terme est « emprunté (1568, hystéricque) au bas latin hystericus, du grec ὑστερικός / hysterikós, « qui concerne la matrice », « (femme) malade de l’utérus ». »

« Le mot hystérie est apparu en français au début du XVIIIème siècle, dérivé régressif d’après l’adjectif hystérique. Il est issu du mot grec ὑστέρα / hystéra, par le latin hystera, « matrice ». […] D’après le Dictionnaire historique de la langue française, l’adjectif et nom « hystérique » « est emprunté (1568, hystéricque) au bas latin hystericus, du grec ὑστερικός / hysterikós, « qui concerne la matrice », « (femme) malade de l’utérus » de ὑστέρα / hystéra, « utérus ». Peut-être se rattache-t-il à une racine indo-européenne concernant « ce qui est en arrière » (→ hysterisis), ce qui se retrouverait en anglais dans out « dehors » ; le sens fait difficulté comme pour le sanskrit úttara « ce qui est au-dessus ». Quant au rapport avec le nom du ventre (uderos en grec, udaram en sanskrit), il n’est pas éclairci. Le terme hystérique a d’abord été employé en parlant des femmes au sens de « qui présente des troubles psychiques », en relation avec l’idée que cette maladie, qui avait son siège dans l’utérus, se rapportait à des « accès d’érotisme morbide ». Le sens s’est étendu ensuite aux hommes avant même que la notion devienne « essentielle en psychiatrie et en psychanalyse, à la fin du XIXème siècle. »1

La nymphomanie est même perçue comme une prédisposition. « À cette époque, “l’hystérie” est alors parfois diagnostiquée comme une nymphomanie. C’est la “folie utérine” ou furor uterinus. »2 Ainsi cet ouvrage de J.D.T. de Bienville : « Nymphomania, or a dissertation concerning the furor uterinus » (Nymphomanie, ou une dissertation concernant la fureur utérine) paru en 1775 :

Le XIXème siècle permettra une évolue significative de la compréhension de la physiologie de la menstruation et de l’anatomie du système reproducteur féminin. Malheureusement, les découvertes restent dans l’ombre et le diagnostic de l’hystérie prévaut. Le postulat de la maladie psychiatrique féminine est fermement ancré et, avec l’essor de la psychiatrie, les femmes atteintes sont pour beaucoup placées en asile. « Pourtant, à cette même époque, certains médecins et chercheurs connaissent déjà les symptômes de l’endométriose sans l’associer systématiquement à une maladie psychiatrique. »3

« Au total, à la fin du XIXème siècle, l’endométriose répond à une vingtaine de dénomination. Les Allemands Schroeder et Friedrich Daniel von Recklinghausen tente de les regrouper sous les appellations d’ « adénome utérin diffus » ou d’ « adénomyoma » qui conduirait à l’adénomyose de Cullen en 1908 […] Concernant les traitements, on peut dire que l’option médicale l’emporte dans la première moitié du XIXème siècle, avec l’air anesthésique et antiseptique : douche chaude, sangsues appliquées sur le col de l’utérus, saignées, morphine, marijuana, décoction diverses…
Plus invasif, voir carrément barbare, sont les pratiques de repositionnement de l’utérus, l’application d’électricité sur les lésions ou encore les chocs chez les femmes étiquetées hystériques. Après 1850, en revanche, l’introduction de l’anesthésie permet le développement des techniques chirurgicales qui vont de la ponction à travers le vagin à l’ablation de l’utérus, le taux de mortalité atteignant jusqu’à 70% des cas à l’époque. »4

1860 ; date clé. L’autrichien Karel von Rokitansky (1804-1878), chirurgien et anatomopathologiste spécialiste des tissus considéré comme « le père de l’endométriose », serait le premier à découvrir la réalité organique de ce qu’il nomme « métaplasie hétérotopique de l’endomètre ». À l’autopsie d’une femme décédée de causes inconnues, il observe que des lésions sur le péritoine (membrane qui recouvre les organes abdominaux) ressemblent le tissu qui tapisse l’intérieur de l’utérus (l’endomètre) et se détache pour partie lors des menstruations.
« Les techniques utilisées à la fin du XIXème siècle pour traiter l’endométriose comprenaient, entre autres, les interventions non chirurgicales, l’électrocautérisation, la dilatation et le curetage, les excisions partielles, l’ovariectomie et l’hystérectomie. »5

Le premier usage du terme « endométriose » revient à John A. Sampson (1873-1946), chirurgien gynécologue américain, en 1927. Présence de cellules endométriales en dehors de l’utérus : la maladie, organiquement attestée, pourra — même si cela prendra encore du temps — sortir la douleur de la femme de l’approche psychique et imaginaire dans laquelle elle était enfermée. « Il y a encore ce présupposé dans l’esprit de façon inconsciente. […] Le retard de la compréhension organique est encore là, présent dans l’esprit de la plupart de nos collègues praticiens, puisque cela fait 4000 ans que la confusion existe entre l’imaginaire douloureux dans lequel a été enfermé cette maladie et la réalité organique qu’elle représente. »6 « Souvent des personnes atteintes de cette pathologie disent avoir été traitées de « chochottes », qu’on leur a répété que c’était normal d’avoir mal, voire que c’était une « maladie à la mode » »7, souligne en ce sens Fanny Robin, autrice de En coloc avec l’endométriose ; Cohabiter avec cette indésirable.

Il y a quelques années encore, le grand public ignorait tout de cette maladie. C’est l’action d’associations de malades qui offrira un réel coup de projecteur à cette pathologie chronique.
Et il faudra attendre 2022 pour que le Ministère des Solidarités et de la Santé entreprenne une stratégie de lutte nationale.

NOTES

  1. Extrait de « Hystérie », Wikipédia, https://fr.wikipedia.org ↩︎
  2. Extrait de « Histoire de l’endométriose », Endoyellow, https://endoyellow.com/ ↩︎
  3. Extrait de Association Endomind, « Histoire de l’endométriose », https://www.endomind.org/copie-de-l-endométriose ↩︎
  4. Extrait de Delphine Lhuillery, Erick Petit, Eric Sauvanet, « Tout sur l’endométriose : Soulager la douleur, soigner la maladie », Éditions Odile Jacob, 2014, page 39. ↩︎
  5. Extrait de « Histoire de l’endométriose », Endoyellow. ↩︎
  6. Propos du Dr Erick Petit, radiologue spécialiste de l’endométriose – Extrait de « Une histoire de l’endométriose », Lyv, www.lyv.app ↩︎
  7. Extrait de Fanny Robin, « En coloc avec l’endométriose ; Cohabiter avec cette indésirable », Éditions Kiwi, 2020, page 14. ↩︎

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